Le phare

Tristan Corbière (1845–1875)

Les pirates du golfe St-Laurent

Qu’il pleuve, qu’il grêle ou qu’il tonne,Par calme plat ou vent d’automne,Œil vigilantToujours veillant,Ton doux regard, dans la nuit sombre,Phare brillant, éclaire l’ombre.

Ouvre tes yeux, timonier…Ce feu là-bas, prisonnier,L’État l’allumeParmi la brume :C’est le salut et c’est le port,La récompense après l’effort.

Quand des cieux nous tombe la brumeSur le grand fleuve au dos qui fume,Que son œil closSe ferme aux flots,Hardis marins, c’est le tonnerreDe son canon qui vous éclaire.

Aimez le Phare et son gardienQuand vous perdrez le méridienDans les nuits noires…Ah ! que d’histoiresIls pourraient dire, ô matelotsQui vous bercez au gré des flots !