Soleil triste, mairie obscure, ô jours amers

Tristan Derème (1889–1941)

La Verdure dorée

Soleil triste, mairie obscure, ô jours amers !Un poulet bat de l’aile et crie, et, sur les murs,Fades gravures : la Herse, Cité LacustreOu Palafitte ; et, sur la table, le registreDes mariages, deux orvets empaillés, donsD’un anonyme et le portrait des PrésidentsEt le cadastre avec ses taches de bougie.Et cependant mon cœur n’est plus qu’une élégie,Belle amie, et je songe à vous qui n’êtes plusQu’une ombre chère, un souvenir où je me plaisEt qui m’attriste et, sur mes jours, l’odeur des myrtesD’un vieil automne et le parfum des roses mortes.Cheveux légers, chair douce aux lèvres de l’amourEt qu’orgueilleux j’aimais à regarder dormir,Vous ; et l’air tiède, avec votre grâce apparueEt ma peine, balance aux murs de la mairieDans une odeur de buis et de trèfle incarnat,Grévy, ta redingote, et ton habit, Carnot.