Viendras-tu rallumer les lampes
La Verdure dorée
Viendras-tu rallumer les lampesEt ma vie, Amour que j’attends ?J’ai des cheveux gris sur les tempesEt je n’ai pas encor trente ans.
Hôtels garnis, chambres meublées,Escaliers tristes, quels décors !Ah ! princesses ensorcelées,Lys ténébreux dans les allées,Vasques de jaspe et chœurs de cors !
Où est l’amour dont je renaisseEt qui me rende ma jeunesse ?
Émail fendu du lavaboOù saucèrent tant de visagesDisparus ; sont-ils au tombeauOu rient-ils à des paysages ?
Amer poison des logementsDont mourraient seize Mithridates ;
Miroir terne où les diamantsDe problématiques amantsGravèrent des noms et des dates.
Ils sont partis. Ils sont ailleurs.Les jours passés sont les meilleurs.
Chambres désertes et cruellesOù j’erre avec mon encrier ;Des buveurs braillent aux ruelles ;À quoi bon gémir et crier ?
Qui veut trop chanter, il s’enroue ;Et par les vitres de l’hôtelNe vois-tu pas la Grande RoueEt ces beaux nuages que troueEt déchire la tour Eiffel ?
Ton cœur, n’est-ce un de ces nuages,Ton cœur, après tant de voyages ?
Chambres d’hôtel, amours d’un jour,De six mois ou de quatre années,Ce sont des roses mortes pourDe futures roses fanées.
Rêves ternis, bannis, finis,Se peut-il que tu te rallumes,Espoir ? Amours, hôtels garnis,Les cœurs s’en vont de nids en nidsPerdant leurs larmes et leurs plumes.
La lune monte, seule aussi,Image et fleur de mon souci.