Prière du matin

Victor de Laprade (1812–1883)

Le Livre d’un père

Les voilà tous, groupés dans mon heureuse chambre,M’apportant du matin le sourire empressé,Eux que j’ai pour soleil dans mon pâle novembre…Et maintenant, amis, qu’on s’est bien embrassé,

À genoux ! et pensons à notre Père, au MaîtreQui fît vos petits cœurs et les remplit d’amour.Son doux regard commence à luire à ma fenêtre ;Disons vite au bon Dieu, disons notre bonjour.

L’aurore le salue ; amis, faisons de même ;Parlons-lui cœur à cœur, nous, ses enfants chéris ;Répétons-lui d’abord la prière qu’il aime,Vers le père céleste élevons nos esprits.

Mon Dieu ! notre famille entièreChaque jour vous fait sa prièreEt cherche en vous son seul appui ;Gardez nos âmes dans la joie,Gardez-nous dans la honne voie,Réunis tous comme aujourd’hui.

Vous avez comblé notre enfance ;Vous nous donnez en abondanceLe pain que tant d’autres n’ont pas.Accordez-nous le pain de l’âme ;Allumez en nous votre flamme,Éclairez chacun de nos pas.

Faites que nous aimions sans cesse ;Aimer, c’est la grande sagesse ;Nos trésors à nous, c’est l’amour !L’amour, sainte et douce monnaieDont l’humble enfant, mon Dieu, vous paieLe prix du pain de chaque jour.

Donnez-nous à tous de répandreSur nos pauvres cet amour tendreQui se nomme la charité,Et qui jamais ne se repose…Mon Dieu, par-dessus toute choseMon Dieu, donnez-nous la bonté,

Donnez-nous encor davantage :La vigueur, le ferme courage.Redressez-nous si nous tombons.Ceux-là qui n’ont pas la vaillance,

Qui n’ont pas lutté dans l’enfance,Ne sauraient être appelés bons.

Demain, nous combattrons peut-être…Devant vous seul, ô Père ! ô Maître !Nous voulons fléchir les genoux.Dans ces champs qui seront les nôtres.Nous travaillerons pour les autresComme on a travaillé pour nous.