Hernani — Acte II

Victor Hugo (1802–1885)

Voilà bien le balcon, la porte… mon sang bout.

Montrant la fenêtre qui n’est pas éclairée.Pas de lumière encor !Il promène ses yeux sur les croisées éclairées.Pas de lumière encor !Des lumières partout

Où je n’en voudrais pas, hors à cette fenêtreOù j’en voudrais !

Où j’en voudrais ! Seigneur, reparlons de ce traître.Et vous l’avez laissé partir !

Et vous l’avez laissé partir ! Comme tu dis.

Et peut-être c’était le major des bandits !

Qu’il en soit le major ou bien le capitaine,Jamais roi couronné n’eut mine plus hautaine.

Son nom, seigneur ?

Son nom, seigneur ?Muñoz… Fernan…

Avec le geste d’un homme qui se rappelle tout à coup.Son nom, seigneur ? Muñoz… Fernan…Un nom en I.

Hernani, peut-être ?

Hernani, peut-être ? Oui.

Hernani, peut-être ? Oui.C’est lui !

Hernani, peut-être ? Oui.C’est lui ! C’est Hernani ?Le chef !

Le chef ! De ses propos vous reste-t-il mémoire ?

Hé ! je n’entendais rien dans leur maudite armoire !

Mais pourquoi le lâcher lorsque vous le tenez ?

Comte de Monterey, vous me questionnez !

Les seigneurs reculent et se taisent.Et d’ailleurs ce n’est point le souci qui m’arrête.J’en veux à sa maîtresse et non point à sa tête.J’en suis amoureux fou ! Les yeux noirs les plus beaux,Mes amis ! deux miroirs ! deux rayons ! deux flambeaux !Je n’ai bien entendu de toute leur histoireQue ces trois mots : — Demain, venez à la nuit noire !Mais c’est l’essentiel. Est-ce pas excellent ?Pendant que ce bandit, à mine de galant,S’attarde à quelque meurtre, à creuser quelque tombe.Je viens tout doucement dénicher sa colombe.

Altesse, il eût fallu, pour compléter le tour,Dénicher la colombe en tuant le vautour.

Comte, un digne conseil ! vous avez la main prompte !

Sous quel titre plaît-il au roi que je sois comte ?

C’est méprise !

C’est méprise ! Le roi m’a nommé comte.

C’est méprise ! Le roi m’a nommé comte.Assez !Bien.À Ricardo.Bien.J’ai laissé tomber ce titre… Ramassez.

Merci, seigneur !

Merci, seigneur ! Beau comte ! un comte de surprise !

Mais que fera le roi, la belle une fois prise ?

Il la fera comtesse, et puis dame d’honneur.Puis, qu’il en ait un fils, il sera roi.

Puis, qu’il en ait un fils, il sera roi.Seigneur,Allons donc ! un bâtard ! Comte, fût-on altesse,On ne saurait tirer un roi d’une comtesse !

Il la fera marquise alors, mon cher marquis.

On garde les bâtards pour les pays conquis,On les fait vice-rois. C’est à cela qu’ils servent.

Dirait-on pas des yeux jaloux qui nous observent ?…Enfin, en voilà deux qui s’éteignent ! allons !Messieurs, que les instants de l’attente sont longs !Qui fera marcher l’heure avec plus de vitesse ?

C’est ce que nous disons souvent chez votre altesse.

Cependant que chez vous mon peuple le redit.

La dernière fenêtre éclairée s’éteint.— La dernière est éteinte !Tourné vers le balcon de doña Sol, toujours noir.— La dernière est éteinte !Ô vitrage maudit !Quand t’allumeras-tu ? — Cette nuit est bien sombre.Doña Sol, viens briller comme un astre dans l’ombre !À don RicardoEst-il minuit ?

Est-il minuit ?Minuit bientôt.

Est-il minuit ?Minuit bientôt.Il faut finirPourtant ! À tout moment l’autre peut survenir.

Mes amis ! un flambeau ! son ombre à la fenêtre !Jamais jour ne me fut plus charmant à voir naître.Hâtons-nous ! faisons-lui le signal qu’elle attend :Il faut frapper des mains trois fois. Dans un instant,Mes amis, vous allez la voir ! — Mais notre nombreVa l’effrayer peut-être… Allez tous trois dans l’ombreLà-bas, épier l’autre. Amis, partageons-nous

Les deux amans ; tenez, à moi la dame, à vousLe brigand.

Le brigand.Grand merci !

Le brigand.Grand merci !S’il vient, de l’embuscadeSortez vite, et poussez au drôle une estocade.Pendant qu’il reprendra ses esprits sur le grès,J’emporterai la belle, et nous rirons après.N’allez pas cependant le tuer ! c’est un braveAprès tout, et la mort d’un homme est chose grave.

Est-ce vous, Hernani ?

Est-ce vous, Hernani ? Diable ! ne parlons pas !

Je descends.

Je descends.Hernani !

Je descends.Hernani ! Dieu ! ce n’est point son pas !

Doña Sol !

Doña Sol ! Ce n’est point sa voix ! Ah ! malheureuse !

Eh ! quelle voix veux-tu qui soit plus amoureuse ?C’est toujours un amant, et c’est un amant roi !

Le roi !

Le roi ! Souhaite, ordonne, un royaume est à toi !Car celui dont tu veux briser la douce entrave,C’est le roi ton seigneur, c’est Carlos ton esclave !

Au secours, Hernani !

Au secours, Hernani ! Le juste et digne effroi !Ce n’est pas ton bandit qui te tient, c’est le roi !

Non. Le bandit, c’est vous ! N’avez-vous pas de honte ?Ah ! pour vous à la face une rougeur me monte.Sont-ce là les exploits dont le roi fera bruit ?Venir ravir de force une femme la nuit !Que mon bandit vaut mieux cent fois ! Roi, je proclameQue si l’homme naissait où le place son âme,Si Dieu faisait le rang à la hauteur du cœur,Certe, il serait le roi, prince, et vous le voleur !

Madame…

Madame…Oubliez-vous que mon père était comte ?

Je vous ferai duchesse.

Je vous ferai duchesse.Allez ! c’est une honte !

Il ne peut être rien entre nous, don Carlos.Mon vieux père a pour vous versé son sang à flots.Moi, je suis fille noble, et de ce sang jalouse.Trop pour la favorite, et trop peu pour l’épouse !

Princesse ?

Princesse ? Roi Carlos, à des filles de rienPortez votre amourette, ou je pourrais fort bien,Si vous m’osez traiter d’une façon infâme,Vous montrer que je suis dame, et que je suis femme !

Eh bien, partagez donc et mon trône et mon nom.Venez, vous serez reine, impératrice !…

Venez, vous serez reine, impératrice !…Non.C’est un leurre. Et d’ailleurs, altesse, avec franchise,S’agit-il pas de vous, s’il faut que je le dise,J’aime mieux avec lui, mon Hernani, mon roi,Vivre errante, en dehors du monde et de la loi,Ayant faim, ayant soif, fuyant toute l’année,Partageant jour à jour sa pauvre destinée,Abandon, guerre, exil, deuil, misère et terreur,Que d’être impératrice avec un empereur !

Que cet homme est heureux !

Que cet homme est heureux ! Quoi ! pauvre, proscrit même !

Qu’il fait bien d’être pauvre et proscrit, puisqu’on l’aime !

Moi je suis seul ! Un ange accompagne ses pas !— Donc vous me haïssez ?

Donc vous me haïssez ? Je ne vous aime pas.

Eh bien, que vous m’aimiez ou non, cela n’importe !Vous viendrez, et ma main plus que la vôtre est forte.Vous viendrez ! je vous veux ! Pardieu, nous verrons bienSi je suis roi d’Espagne et des Indes pour rien !

Seigneur ! oh ! par pitié ! — Quoi ! Vous êtes altesse,Vous êtes roi. Duchesse, ou marquise, ou comtesse,Vous n’avez qu’à choisir. Les femmes de la courOnt toujours un amour tout prêt pour votre amour.Mais mon proscrit, qu’a-t-il reçu du ciel avare ?Ah ! vous avez Castille, Aragon et Navarre,Et Murcie, et Léon, dix royaumes encor,Et les Flamands, et l’Inde avec les mines d’or !Vous avez un empire auquel nul roi ne touche,Si vaste que jamais le soleil ne s’y couche !Et quand vous avez tout, voudrez-vous, vous, le roi,Me prendre, pauvre fille, à lui qui n’a que moi ?…

Viens ! Je n’écoute rien. Viens ! Si tu m’accompagnes,Je te donne, choisis, quatre de mes Espagnes.Dis, lesquelles veux-tu ? Choisis !

Dis, lesquelles veux-tu ? Choisis ! Pour mon honneurJe ne veux rien de vous, que ce poignard, seigneur !

Avancez maintenant ! faites un pas !

Avancez maintenant ! faites un pas ! La belle !Je ne m’étonne plus si l’on aime un rebelle !

Pour un pas, je vous tue, et me tue…

Pour un pas, je vous tue, et me tue…Hernani !Hernani !

Hernani ! Taisez-vous !

Hernani ! Taisez-vous ! Un pas ! tout est fini.

Madame, à cet excès ma douceur est réduite !J’ai là pour vous forcer trois hommes de ma suite…

Vous en oubliez un !

Vous en oubliez un ! Ah ! le ciel m’est témoinQue volontiers je l’eusse été chercher plus loin !

Hernani, sauvez-moi de lui !

Hernani, sauvez-moi de lui ! Soyez tranquille,Mon amour !

Mon amour ! Que font donc mes amis par la ville ?Avoir laissé passer ce chef de bohémiens !Appelant.Monterey !

Monterey ! Vos amis sont au pouvoir des miens,Et ne réclamez pas leur épée impuissante.Pour trois qui vous viendraient, il m’en viendrait soixante.Soixante dont un seul vous vaut tous quatre. AinsiVidons entre nous deux notre querelle ici.Quoi ! vous portiez la main sur cette noble fille !C’était d’un imprudent, seigneur roi de Castille,Et d’un lâche !

Et d’un lâche ! Seigneur bandit, de vous à moi,Pas de reproche !

Pas de reproche ! Il raille !… Oh ! je ne suis pas roi ;Mais quand un roi m’insulte et pour surcroît me raille,Ma colère va haut et me monte à sa taille,Et, prenez garde, On craint, lorsqu’on me fait affront,Plus qu’un cimier de roi la rougeur de mon front !Vous êtes insensé si quelque espoir vous leurre.

Il lui saisit le bras.Savez-vous quelle main vous étreint à cette heure ?Écoutez. Votre père a fait mourir le mien,Je vous hais. Vous avez pris mon titre et mon bien,Je vous hais. Nous aimons tous deux la même femme,Je vous hais, je vous hais, — oui, je te hais dans l’âme.

C’est bien.

C’est bien.Ce soir pourtant ma haine était bien loin.Je n’avais qu’un désir, qu’une ardeur, qu’un besoin,Doña Sol ! — Plein d’amour, j’accourais… Sur mon âme !Je vous trouve essayant contre elle un rapt infâme !Quoi ! vous que j’oubliais, sur ma route placé !Seigneur, je vous le dis, vous êtes insensé !Don Carlos, te voilà pris dans ton propre piége,Ni fuite ni secours ! je te tiens et t’assiége !Seul, entouré partout d’ennemis acharnés,Que vas-tu faire ?

Que vas-tu faire ? Allons ! vous me questionnez !

Va, va ! Je ne veux pas qu’un bras obscur te frappe.

Il ne sied pas qu’ainsi ma vengeance m’échappe.Tu ne seras touché par un autre que moi.Défends-toi donc.

Défends-toi donc.Je suis votre seigneur le roi.Frappez. Mais pas de duel.

Frappez. Mais pas de duel.Seigneur, qu’il te souvienneQu’hier encor ta dague a rencontré la mienne.

Je le pouvais hier. J’ignorais votre nom,Vous ignoriez mon titre. Aujourd’hui, compagnon,Vous savez qui je suis et je sais qui vous êtes.

Peut-être.

Peut-être.Pas de duel. Assassinez-moi : faites !

Crois-tu donc que pour nous il soit des noms sacrés ?Çà, te défendras-tu ?

Çà, te défendras-tu ? Vous m’assassinerez !Hernani recule. Don Carlos fixe des yeux d’aigle sur lui.Ah ! vous croyez, bandits, que vos brigades vilesPourront impunément s’épandre dans les villes ?Que teint de sangs, chargés de meurtres, malheureux !Vous pourrez après tout faire les généreux,Et que nous daignerons, nous, victimes trompées,Anoblir vos poignards du choc de nos épées ?

Non, le crime vous tient. Partout vous le traînez.Nous, des duels avec vous ! arrière ! assassinez.

Va-t’en donc !Le roi se tourne à demi vers lui et le regarde avec hauteur.Va-t’en donc !Nous aurons des rencontres meilleures.Va-t’en.

Va-t’en.C’est bien, monsieur. Je vais dans quelques heuresJe serai, moi le roi, dans le palais ducal.Mon premier soin sera de mander le fiscal,A-t-on fait mettre à prix votre tête ?

A-t-on fait mettre à prix votre tête ? Oui.

A-t-on fait mettre à prix votre tête ? Oui.Maître,Je vous tiens de ce jour sujet rebelle et traître,Je vous en avertis. Partout je vous poursuis.Je vous fais mettre au ban du royaume.

Je vous fais mettre au ban du royaume.J’y suisDéjà.

Déjà.Bien !

Déjà.Bien ! Mais la France est auprès de l’Espagne,C’est un port.

C’est un port.Je vais être empereur d’Allemagne.Je vous fais mettre au ban de l’empire.

Je vous fais mettre au ban de l’empire.À ton gré.J’ai le reste du monde où je te braverai.Il est plus d’un asile où ta puissance tombe.

Et quand j’aurai le monde ?

Et quand j’aurai le monde ? Alors j’aurai la tombe.

Je saurai déjouer vos complots insolents.

La vengeance est boiteuse, elle vient à pas lents,Mais elle vient.

Mais elle vient.Toucher à la dame qu’adoreCe bandit !

Ce bandit !Songes-tu que je te tiens encore ?Ne me rappelle pas, futur césar romain,Que je t’ai là, chétif et petit dans ma main,Et que si je serrais cette main trop loyaleJ’écraserais dans l’œuf ton aigle impériale !

Faites.

Faites.Va-t’en ! va-t’en !

Il ôte son manteau et le jette sur les épaules du roi.Faites.Va-t’en ! va-t’en !Fuis, et prends ce manteau.Car dans nos rangs pour toi je crains quelque couteau.

Pars tranquille à présent. Ma vengeance altéréePour tout autre que moi fait ta tête sacrée.

Monsieur, vous qui venez de me parler ainsi,Ne demandez un jour ni grâce ni merci !

Maintenant, fuyons vite.

Maintenant, fuyons vite.Il vous sied, mon amie,D’être dans mon malheur toujours plus raffermie,De n’y point renoncer, et de vouloir toujoursJusqu’au fond, jusqu’au bout, accompagner mes jours.C’est un noble dessein, digne d’un cœur fidèle !Mais, tu le vois, mon dieu, pour tant accepter d’elle,Pour emporter joyeux dans mon antre avec moiCe trésor de beauté qui rend jaloux un roi,Pour que ma doña Sol me suive et m’appartienne,Pour lui prendre sa vie et la joindre à la mienne,Pour l’entraîner sans honte encore et sans regrets,Il n’est plus temps ; je vois l’échafaud de trop près.

Que dites-vous ?

Que dites-vous ? Ce roi que je bravais en face,Va me punir d’avoir osé lui faire grâce.Il fuit ; déjà peut-être il est dans son palais.Il appelle ses gens, ses gardes, ses valets,Ses seigneurs, ses bourreaux…

Ses seigneurs, ses bourreaux…Hernani ! Dieu ! Je tremble !Eh bien, hâtons-nous donc alors ! fuyons ensemble !

Ensemble ! non, non ; l’heure en est passée ! Hélas !Doña Sol, à mes yeux quand tu te révélas,Bonne, et daignant m’aimer d’un amour secourable,J’ai bien pu vous offrir, moi, pauvre misérable,Ma montagne, mon bois, mon torrent ; — ta pitiéM’enhardissait, — mon pain de proscrit, la moitiéDu lit vert et touffu que la forêt me donne ;Mais t’offrir la moitié de l’échafaud ! pardonne,Doña Sol ! l’échafaud, — c’est à moi seul !

Doña Sol ! l’échafaud, — c’est à moi seul ! PourtantVous me l’aviez promis !

Vous me l’aviez promis !Ange ! ah ! dans cet instantOù la mort vient peut-être, où s’approche dans l’ombreUn sombre dénoûment pour un destin bien sombre,Je le déclare ici, proscrit, traînant au flancUn souci profond, né dans un berceau sanglant,Si noir que soit le deuil qui s’épand sur ma vie,Je suis un homme heureux et je veux qu’on m’envie ;Car vous m’avez aimé ! car vous me l’avez dit !Car vous avez tout bas béni mon front maudit !

Hernani !

Hernani ! Loué soit le sort doux et propiceQui me mit cette fleur au bord du précipice !

Et ce n’est pas pour vous que je parle en ce lieu,Je parle pour le ciel qui m’écoute, et pour Dieu.

Souffre que je te suive.

Souffre que je te suive.Ah ! ce serait un crimeQue d’arracher la fleur en tombant dans l’abîme.Va, j’en ai respiré le parfum, c’est assez !Renoue à d’autres jours tes jours par moi froissés.épouse ce vieillard. C’est moi qui te délie ;Je rentre dans ma nuit. Toi, sois heureuse, oublie !

Non, je te suis, je veux ma part de ton linceul !Je m’attache à tes pas.

Je m’attache à tes pas.Oh ! Laisse-moi fuir seul.

Hernani ! tu me fuis. Ainsi donc, insensée,Avoir donné sa vie et se voir repoussée,Et n’avoir, après tant d’amour et tant d’ennui,Pas même le bonheur de mourir près de lui.

Je suis banni ! je suis proscrit ! je suis funeste !

Ah ! vous êtes ingrat !

Ah ! vous êtes ingrat ! Eh bien ! Non, non, je reste.Tu le veux, me voici. Viens, oh ! viens dans mes bras !

Je reste, et resterai tant que tu le voudras.Oublions-les : restons. —

Il l’assied sur un banc.Oublions-les : restons. —Sieds-toi sur cette pierre.Il se place à ses pieds.Des flammes de tes yeux inonde ma paupière,Chante-moi quelque chant comme parfois le soirTu m’en chantais, avec des pleurs dans ton œil noir.Soyons heureux ! buvons, car la coupe est remplie,Car cette heure est à nous et le reste est folie.Parle-moi, ravis-moi. N’est-ce pas qu’il est douxD’aimer et de sentir qu’on vous aime à genoux ?D’être deux ? d’être seuls ? et que c’est douce choseDe se parler d’amour la nuit quand tout repose ?Oh ! laisse-moi dormir et rêver sur ton sein,Doña Sol ! mon amour ! ma beauté !

Doña Sol ! mon amour ! ma beauté ! Le tocsin !Entends-tu ? le tocsin !

Entends-tu ? le tocsin ! Eh non ! c’est notre noceQu’on sonne.

Qu’on sonne.Lève-toi ! fuis ! Grand Dieu ! SaragosseS’allume !

S’allume ! Nous aurons une noce aux flambeaux.

C’est la noce des morts ! La noce des tombeaux !

Rendormons-nous !

Rendormons-nous ! Seigneur, les sbires, les alcades,Débouchent dans la place en longues cavalcades !Alerte, monseigneur !

Alerte, monseigneur ! Ah ! tu l’avais bien dit !

Au secours !

Au secours ! Me voici. C’est bien !

Au secours ! Me voici. C’est bien ! Mort au bandit !

Ton épée…À doña Sol.Ton épée…Adieu donc !

Ton épée…Adieu donc ! C’est moi qui fais ta perte !Où vas-tu ?

Lui montrant la petite porte.Où vas-tu ? Viens ! Fuyons par cette porte ouverte !

Dieu ! laisser mes amis ! que dis-tu ?

Dieu ! laisser mes amis ! que dis-tu ? Ces clameursMe brisent.

Me brisent.Souviens-toi que si tu meurs, je meurs !

Un baiser !

Un baiser ! Mon époux ! mon Hernani ! mon maître !

Hélas ! c’est le premier !

Hélas ! c’est le premier ! C’est le dernier peut-être.