« Il est des jours abjects où, séduits par la joie »

Victor Hugo (1802–1885)

Il est des jours abjects où, séduits par la joieSans honneur,Les peuples au succès se livrent, triste proieDu bonheur.

Alors des nations, que berce un fatal songeDans leur lit,La vertu coule et tombe, ainsi que d’une épongeL’eau jaillit.

Alors devant le mal, le vice, la folie,Les vivants

Imitent les saluts du vil roseau qui plieSous les vents.

Alors festins et jeux ; rien de ce que dit l’âmeNe s’entend ;On boit, on mange, on chante, on danse, on est infâmeEt content.

Le crime heureux, servi par d’immondes ministres,Sous les cieuxRit, et vous frissonnez, grands ossements sinistresDes aïeux.

On vit honteux, les yeux troubles, le pas oblique,Hébété ;Tout à coup un clairon jette aux vents : République !Liberté !

Et le monde, éveillé par cette âpre fanfare,Est pareilAux ivrognes de nuit qu’en se levant effareLe soleil.