Dignes l’un de l’autre
L’Année terrible
Donc regardez : Ici le Jocrisse du crime ;Là, follement servi par tous ceux qu’il opprime,L’ogre du droit divin, dévot, correct, moral,Né pour être empereur et rester caporal.Ici c’est le Bohême et là c’est le Sicambre.Le coupe-gorge lutte avec le deux-décembre.Le lièvre d’un côté, de l’autre le chacal.Le ravin d’Ollioule et la maison BancalSemblent avoir fourni certains rois ; les CalabresN’ont rien de plus affreux que ces traîneurs de sabres ;Pillage, extorsion, c’est leur guerre ; un tel artCharmerait Poulailler, mais troublerait Folard.C’est l’arrestation nocturne d’un carrosse.
Oui, Bonaparte est vil, mais Guillaume est atroce,Et rien n’est imbécile, hélas, comme le gantQue ce filou naïf jette à ce noir brigand.
L’un attaque avec rien ; l’autre accepte l’approcheEt tire brusquement la foudre de sa poche ;Ce tonnerre était doux et traître, et se cachait ;Leur empereur avait le nôtre pour hochet.Il riait : Viens, petit ! Le petit vient, trébuche,Et son piége le fait tomber dans une embûche.Carnage, tas de morts, deuil, horreur, trahison,Tumulte infâme autour du sinistre horizon ;Et le penseur, devant ces attentats sans nombre,Est pris d’on ne sait quel éblouissement sombre.Que de crimes, ciel juste ! Oh ! l’affreux dénoûment !Ô France ! un coup de vent dissipe en un momentCette ombre de césar et cette ombre d’armée.
Guerre où l’un est la flamme et l’autre la fumée.