À ceux qui reparlent de fraternité

Victor Hugo (1802–1885)

L’Année terrible

IV

Quand nous serons vainqueurs, nous verrons. Montrons-leur,Jusque-là, le dédain qui sied à la douleur.L’œil âprement baissé convient à la défaite.Libre, on était apôtre, esclave, on est prophète ;Nous sommes garrottés ! Plus de nations sœurs !Et je prédis l’abîme à nos envahisseurs.C’est la fierté de ceux qu’on a mis à la chaîneDe n’avoir désormais d’autre abri que la haine.Aimer les Allemands ? Cela viendra, le jourOù par droit de victoire on aura droit d’amour.La déclaration de paix n’est jamais hancheDe ceux qui, terrassés, n’ont pas pris leur revanche ;Attendons notre tour de barrer le chemin.Mettons-les sous nos pieds, puis tendons-leur la main.Je ne puis que saigner tant que la France pleure.Ne me parlez donc pas de concorde à cette heure ;Une fraternité bégayée à demiEt trop tôt, fait hausser l’épaule à l’ennemi ;Et l’offre de donner aux rancunes relâcheQui demain sera digne, aujourd’hui serait lâche.