Tourmente

Victor Hugo (1802–1885)

Les Quatre Vents de l’esprit — Le Livre lyrique

Oh ! comme tout devient terrible sur la mer !Ces noirs chanteurs chantant sans cesse le même air,Les flots, dressent leur blanche crête ;Et la nuée accourt, soufflant sur l’eau qui fuitToute l’horreur du gouffre et tout ce que la nuitContient de haine et de tempête ;

Et voici l’ouragan qui monte en mugissantAvec un grincement de chaîne, et qui descend,Et qui remonte dans la brume,Et moi, plus frissonnant que l’air dans mon manteau,Je dis : ― Seigneur ! Seigneur ! qu’est-ce que le marteauFait à cette heure sur l’enclume ?

Dieu ! quels événements d’airain, quels rois de fer,Quels colosses armés des glaives de l’enfer,Quels géants à l’horrible forme,Vont sortir de votre ombre, et qu’allons-nous donc voir ? ―Ainsi je rêve au bruit que fait sous le ciel noirLe soufflet de la forge énorme.