Le Chant de l’arène
Odes et Ballades
ODE DIXIÈME.LE CHANT DE L’ARÈNE.
Généreux grecs, voilà les prix que remporteront les vainqueurs.
Homère.
L’athlète, vainqueur dans l’arène,Est en honneur dans la cité ;Son nom, sans que le temps l’entraîne,Par les peuples est répété,Depuis cette plage infécondeOù dort sur la borne du mondeL’Hiver, vieillard au dur sommeil,Jusqu’aux lieux où, quand naît l’aurore,On entend, sous l’onde sonore,Hennir les coursiers du Soleil.Voici la fête d’Olympie !Tressez l’acanthe et le laurier !Que les dieux confondent l’impie !Que l’antique audace assoupieSe réveille au cœur du guerrier !Venez, vous que la gloire enchaîne !Voyez les prêtres d’Apollon,Pour votre victoire prochaine,Ravir des couronnes au chêneQui jadis a vaincu Milon !Venez de Corinthe et de Crète,
De Tyr, aux tissus précieux,De Scylla, que bat la tempête,Et d’Athos, où l’aigle s’arrêtePour voir de plus haut dans les cieux !Venez de l’île des Colombes,Venez des mers de l’Archipel,De Rhode, aux riches hécatombes,Dont les guerriers jusqu’en leurs tombesDe Bellone entendent l’appel !Venez du palais centenaireDont Cécrops a fondé la tour ;D’Argos, de Sparte qu’on vénère ;De Lemnos où naît le tonnerre,D’Amathonte où naquit l’amour !Les temples saints, les gynécées,Chargés de verdoyants festons,Tels que de jeunes fiancées,Sous des guirlandes enlacées,Ont caché leurs chastes frontons.Les archontes et les éphoresDans le stade se sont assis ;Les vierges et les canéphoresOnt purifié les amphoresSuivant les rites d’Éleusis.On a consulté la Pythie,Et ceux qui parlent en rêvant.À l’heure où s’éveille Clytie,D’un vautour fauve de ScythieOn a jeté la plume au vent.Le vainqueur de la course agileRecevra deux trépieds divins,
Et la coupe agreste et fragileDont Bacchus a touché l’argile,Lorsqu’il goûta les premiers vins.Celui dont le disque mobileRenversera les trois faisceaux,Aura cette urne indélébile,Que sculpta d’une main habilePhlégon, du pays de Naxos.Juges de la gloire innocente,Nous offrons au lutteur ardentUne chlamyde éblouissanteDe Sydon, qui, riche et puissante,Joint le caducée au trident.Lutteurs, discoboles, athlètes,Réparez vos forces au bain ;Puis venez vaincre dans nos fêtes,Afin d’obtenir des poëtesUn chant sur le mode thébain !L’athlète, vainqueur dans l’arène,Est en honneur dans la cité ;Son nom, sans que le temps l’entraîne,Par les peuples est répété,Depuis cette plage infécondeOù dort sur la borne du mondeL’Hiver, vieillard au dur sommeil,Jusqu’aux lieux où, quand naît l’aurore,On entend sous l’onde sonoreHennir les coursiers du Soleil.
Janvier 1824.