Sommation irrespectueuse
VIII
Rire étant si jolie,C’est mal. Ô trahisonD’inspirer la folie,En gardant la raison !Rire étant si charmante !C’est coupable, à côtéDes rêves, qu’on augmentePar son trop de beauté.Une chose peut-êtreQui va vous étonner,C’est qu’à votre fenêtreLe vent vient frissonner,Qu’avril commence à luire,Que la mer s’aplanit,Et que cela veut dire :Fauvette, fais ton nid.Belle aux chansons naïves,J’admets peu qu’on ait droitAux prunelles très vives,Ayant le cœur très froid.
Quand on est si bien faite,On devrait se cacher.Un amant qu’on rejette,À quoi bon l’ébaucher ?On se lasse, ô coquette,D’être toujours tremblant,Vous êtes la raquette,Et je suis le volant.Le coq battant de l’aile,Maître en son pachalick,Nous prévient qu’une belleEst un danger public.Il a raison. J’estimeQu’en leur gloire isolés,Deux beaux yeux sont un crime,Allumez, mais brûlez.Pourquoi ce vain manège ?L’eau qu’échauffe le jour,La fleur perçant la neige,Le loup hurlant d’amour,L’astre que nos yeux guettent,Sont l’eau, la fleur, le loup,Et l’étoile, et n’y mettentPas de façons du tout.Aimer est si facileQue, sans cœur, tout est dit,L’homme est un imbécile,La femme est un bandit.
L’œillade est une dette.L’insolvabilité,Volontaire, complèteCe monstre, la beauté.Craindre ceux qu’on captive !Nous fuir et nous lier !Être la sensitiveEt le mancenillier !C’est trop. Aimez, madame.Quoi donc ! quoi ! mon souhaitOù j’ai tout mis, mon âmeEt mes rêves, me hait !L’amour nous vise. Certe,Notre effroi peut crier,Mais rien ne déconcerteCet arbalétrier.Sachez donc, ô rebelle,Que souvent, trop vainqueur,Le regard d’une belleRicoche sur son cœur.Vous pouvez être sûreQu’un jour vous vous ferezVous-même une blessureQue vous adorerez.Vous comprendrez l’extaseVoisine du péché,Et que l’âme est un vaseToujours un peu penché.
Vous saurez, attendrie,Le charme de l’instantTerrible, où l’on s’écrie :Ah ! vous m’en direz tant !Vous saurez, vous qu’on gâte,Le destin tel qu’il est,Les pleurs, l’ombre, et la hâteDe cacher un billet.Oui, — pourquoi tant remettre ? —Vous sentirez, qui sait ?La douceur d’une lettreQue tiédit le corset.Vous riez ! votre joieÀ Tout préfère Rien.En vain l’aube rougeoie,En vain l’air chante. Eh bien,Je ris aussi ! Tout passe.Ô muse, allons-nous-en.J’aperçois l’humble grâceD’un toit de paysan ;L’arbre, libre volière,Est plein d’heureuses voix ;Dans les pousses du lierreLe chevreau fait son choix ;Et, jouant sous les treilles,Un petit villageoisA pour pendants d’oreillesDeux cerises des bois.